Itinéraire

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  • Gravatar Le dessin mignon arrière de ma maison, Zelia! avec quelques traits et couleurs que vous avez laissé un souvenir chaleureux
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  • Gravatar Danseuses dans un patio andalou ! Quelle grâce et quel rayonnement ! A vous la vie !
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Boisson nationale (4)

Écrit par Florence.

Après le sevrage de thé en Asie du sud-est, nous retrouvons le maté consommé en grandes quantités en Argentine, Uruguay, Paraguay et au sud du Brésil. Que ce soit en ville ou à la campagne, tout le monde se déplace avec son thermos d'eau chaude et sa « calabaza » (calebasse) dans laquelle se sirote l'infusion grâce à une tige métallique appelée « bombilla ».

Pour boire le maté, on tasse en effet l'herbe dans la calebasse, puis on verse de l'eau chaude dessus. En deux-trois succions à travers la « bombilla », la calebasse est vide. Raison pour laquelle, le thermos d'eau chaude est indispensable...

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Le goût du maté se rapproche de celui du thé vert de par son amertume, mais l'herbe de maté est une plante en elle-même; appelée aussi le houx d'Amérique latine. A notre arrivée sur le continent sud-américain, je n'appréciais pas trop sa saveur amère très particulière, mais je me suis habituée car il s'offre toujours en signe de bienvenue. Impossible donc de refuser. Si le maté peut se boire en individuel, il se partage le plus souvent en groupe en se faisant passer la calebasse de l'un à l'autre.

Ayant de nombreux amis sud-américains à Genève, nous connaissions cette boisson, par contre nous avons appris qu'elle peut aussi se consommer de différentes façons. Par exemple, en rajoutant du sucre dans la calebasse; l'amertume de l'herbe est ainsi atténuée et cette recette plaît bien souvent aux novices. Par contre, impossible de se promener en ville avec sa calebasse, son thermos et son pot de sucre!! Le maté se consomme également « cocido ». L'herbe est infusée dans une casserole d'eau bouillante et ressemble alors à notre thé habituel.

 L'herbe de maté a des vertus stimulantes. Elle est donc particulièrement appréciée lors des longs trajets. Sur la route, nous avons régulièrement observé les camionneurs sirotant leur « bombilla », remplaçant l'herbe trop infusée de leur calebasse et remplissant leur thermos aux distributeurs d'eau chaude présents dans toutes les stations services.

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Enfin, j'ai trouvé dans une revue uruguayenne, quelques significations dans la manière de consommer le maté.

Sucré: signe d'amitié

Avec du miel: signe de mariage

Bouillant: signe de haine

Froid: signe de mépris.

J'essaie alors de me souvenir de quelle façon nous a été servi le plus souvent le maté pour percevoir quelle était notre cote d'appréciation auprès des gens rencontrés !!!

 

(mis en ligne à Brasilia, Brésil)

 

Entre désirs, choix et contraintes

Écrit par Jacques.

Entre désirs, choix et contraintes

 Déjà trois mois que nous sommes sur le nouveau continent, et depuis je n'ai pas eu l'occasion d'écrire une seule ligne sur notre site. Que se passe-t-il donc? N'y a-t-il plus rien à raconter? L'étonnement et l'émerveillement ont-ils cédés la place, à la fatigue, à l'ennui ou à l'habitude?

 Non, rien de tout cela, je vous rassure. Mais, il nous fallait revoir beaucoup de choses dans cette deuxième partie du voyage. D'une part, nous avions pris du retard en Asie et notre tracé se devait d'être revu et repensé. Mais plus encore, le temps ne suffisait plus pour faire la boucle et revenir à Genève aux dates prévues. A cela, s'ajoutaient de nombreux problèmes différents comme le débarquement du camion ou les passations d'examens de Zachary.

 Pour qu'un voyage puisse réussir, il faut toujours se laisser du temps pour digérer, sinon le risque d'épuisement ou d'échec augmente inévitablement. Il a donc fallu repenser nos objectifs et se donner les moyens de les atteindre. Cela veut également dire faire le deuil d'un grand nombre de désirs devenus, dès lors, impossibles ou du moins peu raisonnables.

 Première décision: Assurer l'enseignement et la passation des examens de Zachary. De sa réussite allait découler notre décision de continuer ou alors de revenir. Une lourde responsabilité même si elle était partagée entre le devoir du professeur et celui de son élève. Préparer une série de 6 examens annuels, alors que l'on vit au gré des événements n'est pas une mince affaire. Depuis notre départ d'Asie, Zachary n'a donc plus eu d'autre alternative que de plonger sa tête dans les livres, suivi de près par un œil sévère et inquisiteur. Mais, le travail accompli a donné ses fruits et les résultats étaient au rendez-vous. Une stimulation forte pour continuer notre expérience.

 Deuxième décision: Changer le rythme de notre croisade contre les kilomètres, quitte à laisser passer le temps et devoir renoncer à visiter certains pays ou régions. De là, se laisser porter peu à peu par les événements, les rencontres et les occasions, plutôt que d'atteindre absolument la Terre de Feu ou la mer des Caraïbes. Cela implique aussi calculer et conjuguer notre budget de chagrin avec la réalité d'un retour à Genève. Pour durer, il faut soit réduire les coûts soit trouver des fonds. Dans notre cas, réduire les coûts reste malgré tout l'option la plus pertinente en réduisant les distances et par conséquent les dépenses en carburant.

 Troisième décision: Offrir l'occasion à nos enfants d'apprendre la langue du Che, de Benedetti et de Bolivar et d'interagir avec leurs semblables en les intégrant dans les écoles publiques du sud continent. Ce choix déterminant allait modifier notre manière de voyager et nous demander des contreparties en organisation et en contacts avec les institutions puis en présentations publiques de notre voyage. Une transition que nous avons déjà commencée, avec grand succès en Uruguay, dans les villes de Santa-Lucia et de Florida.

Quatrième décision: Maintenir l'espéranto comme fil rouge et moyen complémentaire pour la suite du voyage. Cette langue est devenue au cours du voyage un atout essentiel pour rencontrer les gens, connaître les cultures et découvrir les pays. Certes, en Amérique latine, nous aurions pu y renoncer et nous cantonner à nos contacts personnels et nos compétences en espagnol. Mais nous nous serions refusés un nombre de possibilités incalculables qu'il aurait été bien dommage de négliger. A cela s'ajoute que notre niveau en espéranto et la connaissance que nous avons acquise du milieu, nous permet désormais d'offrir à nos hôtes un échange d'informations intéressant et stimulant.

Bien sûr toutes ces décisions ont des conséquences administratives à distance auxquelles on ne peut se soustraire, comme celle de prolonger les accords avec le cycle d'orientation, avec notre régie immobilière ou encore avec le bureau des autos pour prolonger le permis de notre véhicule.

 Ajoutons encore quelques-unes de nos dernières contraintes idylliques du voyage, comme les crevaisons, les maladies, l'adaptation des embouts de bouteilles de gaz, le vol par effraction du camping-car ou encore les incontournables vidages de toilettes et leur complice des 4 jours, les remplissages des 120 litres d'eau et vous avez alors de quoi siroter un cocktail de désœuvrement.

 C'est alors que parmi les 3600 mails reçus ou répondus depuis notre départ, je retombe sur un message non traité d'un ami iranien me disant à quel point il admirait le sacrifice que nous faisions en accomplissant ce voyage. Je me mets à sourire, et repense qu'avant de partir, j'avais vainement tenté d'obtenir quelque fond auprès de notre mairie pour subventionner les frais d'écolage. A cette occasion, l'un des conseillers communaux s'était tout simplement exclamé. « C'est quand même un comble, ces gars-là décident de partir en vacances et ils voudraient qu'on leur les paye. » De quoi réfléchir sur l'essence du voyage et l'idée que l'on s'en fait...

 

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Ballad'Ado

Écrit par Zachary.

 

Hier encore, je n'étais qu'un enfant

Je ne ressemblais pas à maintenant

Je me divertissais, calme et serein

Ignorant le lourd poids des lendemains.

 

Aujourd'hui, surgit cette bataille

Pour mes droits chaque jour je travaille

Mais face à mon père et ses arguments

En force, je m'écrase encore les dents.

 

Soutenu par des copains rencontrés

À travers l'Uruguay et ses villes

J'éprouve la liberté juvénile

Dans ses rues, ses places et ses lycées.

 

Gracias para la bienvenida !

Merci pour cette douce ballade

Qui ravive mon jeune cœur nomade

Viva Santa-Lucia y Florida !

 

Fièrement, j'affronterai demain

Mes amis me donneront un coup de main.

Au revoir passades infantiles

À moi, les nouvelles terres fertiles !

 

 

Zach Prévert

 

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Berthold

Écrit par Zohra.

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Vers cinq heures, nous décidons de nous arrêter pour dormir. Berthold, un fermier allemand qui vit au Brésil, nous laisse dormir dans son jardin. Zélia et moi nous lui offrons en guise de remerciement un dessin.

Le lendemain matin, Berthold nous propose de nous doucher. Nous jouons avec ses chiens et son perroquet; Zélia mériterait une deuxième douche! Papa est content de parler allemand.

Avant de repartir, Berthold et sa femme Giesela nous offrent quatre confitures et trois kilos d'oranges. Je ne raffole pas trop de ces fruits.

Je suis heureuse d'avoir dormi là et d'avoir joué avec les animaux.

Zohra

(mis en ligne à Brasilia, Brésil)

L'Ecole uruguayenne

Écrit par Zohra.

(Ce sont les vacances scolaires. Le texte de Zohra vous est livré sans aucunes aides et améliorations de ma part. Sauf... pour les fautes d'orthographes que j'ai soulignées et qu'elle a corrigées, Florence).

 

Vendredi, nous arrivons à Florida, car les parents ont décidés de nous envoyer dans une école comme à Santa Lucia.  Alberto un espérantiste qui vit à Montevideo a tout organisé.  Sur la place Artigas,  au soleil couchant, le directeur de la culture et un journaliste nous accueillent. Vous devinez la suite non? Le journaliste interview papa et prend des photos. Le directeur de la culture nous montre l'école et le lycée où nous irons.

 Contrairement à la Suisse, l'école est seulement l'après midi ou le matin. Lundi après  midi nous allons à l'école. La directrice nous dit qu'il faut attendre dans la cour de récréation. Je m'arrête contre un mur avec Zélia.  Cinq filles me demandent mon prénom, combien de langue je parle et quel est mon âge? Ces filles répètent mes réponses à cinquante personnes, puis la directrice nous amène chacune dans une classe.

Je m'assieds  au bureau de la maîtresse pour répondre aux question que les enfants se posent sur notre famille. Elle interroge les élèves. Nous faisons un peu de science. La cloche sonne la récréation, je me dis que heureusement je pourrais prendre l'air. En fait non, car dès que je suis sortie, toute l'école me pose des questions. J'ai dû répéter au moins deux cent fois mon prénom. C'est une chance pour moi de ne pas avoir de goûter. Nous rentrons et toute la classe me demande si j'aime être entouré sans respirer. Je leur dis que non. Nous faisons des calculs jusqu'à ce que la cloche sonne la fin des cours.

Rentrée au camping-car je raconte ma joie de rester ici quatre jours de plus et mon impatience d'être demain.  Mardi, je m'occupe jusqu'à que ce soit l'après midi. A l'école, un garçon arrive avec un journal ouvert et demande si c'est moi. Je regarde la photo puis le titre « les suisses sur la place Artigas. Leurs filles sont à l'école numéro 4 et le frère au lycée 3 ». Je dis « si ». « Maîtresse, maîtresse Zohra est passée dans le journal », crie-t-il.  Nous travaillons sur le Royaume-Uni et utilisons les ordinateurs. En Uruguay, les élèves reçoivent tous des petits ordinateurs portables qu'ils peuvent utiliser à la maison pour leurs devoirs ou à l'école pour se connecter sur internet.

A la récréation, personne ne me demande mon nom mais ils me disent « t'es passée dans le journal ». Heureusement que les récréation sont courtes.

En fin d'après-midi, les classes de quatrième, de cinquième et de sixième se rassemblent dans le hall car papa va faire une présentation. Il commence par présenter le voyage sur une carte du monde  puis il raconte une anecdote sur notre galop en Mongolie. Après il montre le film « Bêtes sauvages ». Maintenant papa doit lui aussi répondre aux questions. Une fameuse question est « pourquoi êtes vous venu à Florida »? Papa répond «  porque es la mejor escuela del Uruguay »!!!! Tous les enfants se sont mis à crier de joie et à applaudir. Cette présentation est un véritable succès. Il a aussi affirmé que je parlais chinois alors une fois la présentation finie, toutes les classes me demandent de parler en chinois. J'essaie de les persuader du contraire, mais un de leurs arguments est « si ton père l'a dit, c'est que c'est vrai!!! »

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Le soir, deux filles courent sur la place, je les rejoins avec Zélia. Nous nous entendons bien car après cinq minutes, nous jouons au loup, au loup glacé et au policier voleur. Nous nous sommes arrangées pour que demain matin nous allions jouer chez elles.

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Jeudi, à dix heures du matin,  Zélia et moi partons chez elles. La mère d'Alfonsina et Federica nous fait à manger. Leurs père lit le journal, je vois une photo de nous différente et le titre dit «  Une présentation au centre culturel en Espéranto traduit en Espagnol par les suisses ».

Vu que c'est mon dernier jour d'école je reçois des cadeaux de toute la classe et on fait un goûter partagé seulement notre classe. Ils chantent tous « Zohra no te vayas, Zohra no te vayas »

Je reviens de l'école avec Zélia et passe prendre Alfonsina et Federica pour aller au centre culturel. Après la présentation, nous invitons Alberto et sa femme au restaurant pour les remercier

L´Acto

Écrit par Zélia.

Zachary a donné l'idée de ma tête en gros plan et a aidé Zélia pour le trois-quart; sinon "fait maison". (Florence)

 

25_Lacto

En Uruguay je suis aller dans l'ecole a Santa Lucia pendan une semaine. J'ai eu un peux peur di aller au debu mais aprè je mentendai bien avec mes amis.

Ils font des choses trè fasil comme l'eau pluse sucre = eau sucrer ou 22 + 1 = 23.

Quan je menuiyai je dessinai ou coupai des feuilles pour faire des jolies formes comme des carrés.

 Dans mon dessin j'ai déssiner « l'acto », 19 juin.  Nous avons promis fideliter au drapeau uruguayen moi je lai pas fait.

Aprè « l'acto » on ai aller au spore fisique. On c'est bien amuser, une ami a voulu mainviter chez elle.

 Zélia

(Zélia parle de facilités car elle était intégrée dans un degré inférieur au sien afin de lui faciliter la compréhension de l'espagnol, Florence)

(mis en ligne à Florianopolis, Brésil)

 

Sur les terres des frères rouges (4)

Écrit par Droopy.

Arrivés dans un village, au nord du Lac Baïkal, nos amis sont accueillis par Kostic. Mais le village n'a que peu l'habitude des étrangers et derrière les portes et les fenêtres fermées les villageois surveillent ces nouveaux venus. (cf. Sur les terres des frères rouge 3)

 

La nuit tarda à venir, car les journées se rallongeaient considérablement, pendant l'été, à Nizhneangarsk. Si bien que les étoiles n'apparaissaient que quelques heures avant de laisser place aux lueurs de l'aube qui ce jour-là ne tardèrent pas à réveiller le Gros. Soucieux, il se leva et commença à sortir les caisses à outils, rangées sous le banc des passagers.

 Il ouvrit mon capot et entreprit de démonter le radiateur. Derrière les fenêtres du premier étage, un homme surveillait tous ses mouvements, mais le Gros était bien trop occupé pour remarquer une présence aussi discrète et lointaine. Il était maintenant sous mon ventre et essayait de démonter les raccords du circuit d'eau quand deux immenses bottes en caoutchouc s'arrêtèrent de part et d'autre de ses oreilles.

 Un grognement rauque fit prendre conscience au Gros qu'il n'était pas seul et voyant les deux pieds immenses, il voulut se soulever brusquement et se cogna contre le pare-choc. Il réprima la douleur et s'extirpa de dessous du véhicule pour faire face au géant. Ce dernier faisait une tête de plus que lui et de grosses moustaches de morse cachaient ses lèvres supérieures. Ses petits yeux profonds dévisageaient  les rondeurs du Gros, comme s'il évaluait de près les mensurations de cet étranger venu s'échouer sur sa banquise. Puis, voyant que le Gros n'avait pas une constitution à passer l'hiver prochain. Il répéta sa question en la formulant cette fois dans une langue étrangère:

 -        KAPUTT?

-        Ya, der Radiator ist kaputt ! S'exclama le Gros ravi de voir qu'ils avaient au moins  un mot en commun.

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Il n'en fallait pas plus pour que les deux hommes se mettent ensemble à travailler. Le radiateur, une fois défait de ses attaches, ne tarda à se retrouver entre les paluches du géant. Vint alors tout un échange de signes, propres au langage des sourds-muets de la mécanique. De temps à autre les gestes s'accompagnaient d'un « yaa » ou d'un « daa » stipulant clairement que les deux bonshommes s'accordaient. Puis ils disparurent un peu plus loin, dans un entrepôt que le géant avait à sa disposition.

 Quand il revinrent, un autre géant les attendait la tête dans le moteur. Il inspectait, à son tour, mes tuyauteries avec attention. Ce dernier n'était autre qu' Alexis, le beau-frère de Kostic, mécano de profession. Les deux géants s'expliquaient sur la panne quand une voiture qui passait dans la cour s'arrêta. Un troisième géant vêtu d'une tenue de pêche,couleur kaki, en sortit et vint se mêler à son tour aux discussions. Chacun y allait de son avis sur les matériaux et les colles qu'il fallait utiliser pour arriver à bout de cette panne de radiateur. Mais l'affaire semblait sérieuse, car un quatrième géant apparut, plus grand mais bien plus maigre que ses compères. Sans hésiter, il se mit à contredire le pêcheur et à stipuler en tapant sur le pare-choc que la priorité n'était pas le radiateur, mais le renfort du pare-choc. Ils tombèrent tous d'accord et ils appelèrent un cinquième géant qui ne tarda pas à venir avec son matériel de soudure.

 Pour la première fois de mes aventures, j'allais subir une opération à l'arc électrique. J'étais loin de m'imaginer alors que ce baptême du feu ou plutôt de foudre serait le premier d'une longue série. Une chirurgie orthopédique commune chez les destriers des contrées sauvages. De même qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d' oeufs, on ne fait pas de héros épique, sans quelques cicatrices. Le géant chirurgien souda quelques plaques de ferraille sur ma plaie du pare-choc tandis que les autres s'attaquaient au radiateur. Après quelques essais sans succès, c'est finalement le géant pêcheur qui gagna le concours des colles et des matériaux et qui parvint à colmater la fuite de manière définitive.

 La réussite de l'opération fut fêtée par un repas de poisson pour mon maître et sa famille. Les jours suivants de nouveaux mets leur furent préparés, toujours à base de poissons. Certains provenaient de  la mer sacrée, d'autres des rivières qui y affluaient. Ainsi chaque jour on leur faisait goûter une recette différente. Tantôt ils étaient préparés en sauce, tantôt ils étaient cuits au four sous forme de tourte. A chaque fois, la présentation différait et le goût ne rappelait aucun des repas précédents. Il semblait à nos amis que cette région était plus riche en poissons que les océans du globe réunis.

 Ainsi, jour après jour, les familles firent connaissance et se lièrent d'amitié avec ses étrangers venus de l' haut-delà. Ensemble, ils allaient désormais se baigner à la plage où aux sources d'eaux chaudes. On les initia aussi aux croyances des esprits pour que désormais leur route soit plus sûre. Et quand vint le dernier soir, un festin d'adieux fut préparé par l'épouse d'Alexis et la soirée se prolongea entre rires et anecdotes sous les traductions Kostic, qui n'avait que peu de répit pour se régaler aux milieu de tant demandes. Les émotions étaient à leur comble et tout le monde voulait profiter de ses derniers instants avant la séparation.

 Le lendemain les familles se levèrent de bon matin pour nous dire au-revoir, quelques larmes discrètes couleraient sur les joues avant l'embarquement. La rareté des rencontres rendait dans ses lieux perdus, les départs encore plus difficiles, car chacun savait  qu'il faudrait beaucoup de volonté ou alors une chance incroyable pour que nos chemins recroisent un jour.

 De notre côté, il nous fallait à nouveau retraverser la montagne, puis la dense forêt. Les géants nous avaient indiqué un raccourci pour rejoindre Irkutsk. Mais, il s'agissait d une piste de forêt, sans village, ni habitation. Une voie que les géants bûcherons avaient creusé au travers de la Taïga et qui n'apparaissait pas sur les cartes les plus détaillées de la région. Seuls moustiques, animaux, esprits et monstres divers accompagneraient nos pas sur le retour.

 La veille du départ, le Gros avait changé mes pneus, car la pluie et la boue seraient des ennemis prévisibles et intraitables. Je fus armé de pneus crantés qui m' allaient comme des sabots de course.

 C'est donc heureux comme un jeune poulain avec de nouveau sabots que je m' élancai au galop pour franchir la montagne. Je me sentait aussi libre que la chèvre de M. Seguin, lors de ses escapades. L'odeur des pins et des épicéas m'enivrait et je m'amusais à faire frisonner les fleurs roses qui bordaient la piste. Sauvagement, je les recouvrais de poussière, comme un chenapan des alpes recouvre de neige les skieurs arrêtés au bas des pistes. Toutes poussiéreuses, les fleurs se mettaient d'abord à tousser puis offusquées, elles se scandalisaient telles de vielles commères fanées qui n'auraient plus le loisir de connaître les doux titillements d'une trompe de papillon. Mais, j'étais déjà loin et dans mon galop, seul le vent parvenait à me murmurer quelques mots téméraires pour aviver mon appétit de liberté.

 La descente était plus merveilleuse encore, je godillais sur la piste au milieu d'une avalanche de pierre qui essayait en vain de me rattraper. Dans l'effort, je brûlais des calories à faire jalouser les grosses de la terre entière, je me prenais pour une déesse des pistes quand soudain un voyant s'alluma au tableau de bord.

 - « Alerte, alerte rouge, Droopy fait une poussée de fièvre délirante! »

Bouboulineta criait au Gros de s'arrêter, l'aiguille de température grimpait au compteur et s'apprêtait à rentrer dans la zone rouge. Quelques secondes plus tard, je me retrouvais haletant, le capot relevé et le moteur toujours en marche. Le gros muni d'un torchon avait débouché le radiateur et me faisait ingurgiter des litres d'eau pour que je reprennes mes esprits.

Mais, où diantre était donc passée l'eau du radiateur, on avait beau regarder partout, nulle signe de fuite ne se faisait voir. Au contraire, la réparation des géants ne montrait pas le moindre signe d'humidité ou de transpiration. Un travail étanche à 100%.

Ma liberté et mes rêves s'envolèrent aussi vite qu'ils étaient venus.  Je me retrouvais à nouveau sous contrôle et perfusion. Le Gros me surveillait comme une infirmière des urgences qui craint que son malade ne succombe avant l'arrivée du médecin.

Mystérieusement, je me déshydratais sans laisser de trace aucune. Certainement une sorcellerie maléfique de la part des fleurs ou de quelques esprit jaloux de la taïga qui avait été oublié lors d'un de nos rituels. Un envoûtement que je traînerais encore durant de longs mois.

Pourtant  notre aventure, n'allait pas se terminer pour si peu. Si nous étions dans une région inhabitée, elle ne manquait pas d'eau et faire boire à un destrier qui a soif est une simple sinécure pour un infirmier confirmé, comme le Gros.

C'est ainsi que nous parvînmes, vers midi, à l'entrée du raccourci des géants. Nous nous y engageâmes sans trop nous inquiéter, car la route était encore longue. Au-dessous de nous la piste sèche et dure était incrustée de mille pierres pointues qui ne faisaient qu'augmenter l'adhérence de mes nouvelles chaussures. Nous dévorions les kilomètres, satisfaits de réduire la distance dans de si bonnes conditions. C'est alors qu'un sifflement, bien caractéristique, se fit entendre du côté arrière-droit. Une pierre plus pointue que les autres nous avait joué un vilain tour. Une nouvelle crevaison au milieu de nulle part. Mais, pour une équipe bien rodée, il s'agissait d'une broutille qui ne pouvait  entamer le moral des troupes. Par contre, une deuxième crevaison demanderait un démontage complet du pneu et une réparation sur place et il nous restait bien

quelques 350 km de piste isolée. Le Gros  décida alors de ralentir le rythme pour trouver un joli coin pour la nuit.

Quelques kilomètres plus loin, sous un pont, au pied d'une rivière transparente s'offrit à nous une belle plage de galets. Nous nous y installâmes malgré les moustiques voraces prêts à nous dévorer les fesses, lors des besoins pressants en pleine nature. Au petit matin, nous fîmes une grande cérémonie pour calmer les esprits de la taïga et leur demander protection jusqu'à destination. Les enfants dessinèrent des offrandes sur les pierres qu'ils offrirent aux esprits de la rivière.

Mais, malheureusement, les esprit ne font pas la route, pour cela il aurait mieux valu s'adresser à un Dieu de la pluie ou de la boue. En découvrant l'état de la route, on pouvait même supposer que l'artisan de cette oeuvre avait une âme de potier. La piste était son établi, parmi lequel jonchait une vaisselle en construction digne d'un Dali. Sans cesse, nous passions d'une assiette molle et peu engageante à  un bol rempli de boue froide et glissante pour nous hisser sur un plat en terre cuite et craquelé qui se dérobait sous mes pneus. Il ne manquait que plus la main de l'artisan lui-même et un peu de pluie pour qu'il nous pétrisse et nous incruste à jamais dans les délires de sa création.

La progression était lente et pénible. Choisir sa voie relevait d'un dilemme entre le mal et le pire.  Ainsi régulièrement je plongeais mon nez dans la boue et ravalait mon dégoût dans une moue indescriptible tandis que les éclaboussures recouvraient mon visage et mon corps, jadis si blanc et si pur. A tout moment, je m'imaginais englouti par la terre et noyé dans la boue. Une mort atroce et peu racée à peine plus digne que celle d'un chien ennemi crevé dans une tranchée.

Cette piste était taillée pour des camions de déforestation, des convois militaires ou au pire pour des tracteurs turcs. Votre pauvre et dévoué Droopy n'en menait pas large, seule la boue cachait sa fatigue et sa désespérance. Dérivant dans cette  mer de creux et de vagues, il s'efforçait de faire tourner ses petites roues, quatre à quatre, quand un terrible « clang » métallique résonna comme une casserole tombée du ciel, suivi d'un « clang-cling-bling-belang » comme si elle ne cessait de rebondir. Cette fois l'inquiétude se lit dans les yeux de l'équipage. On m'arrêta sur le bord de route et le Gros dévisagea une lame de ressort, cassée en deux, qui bringuebalait comme un membre arraché.

(A Suivre...)

(mis en ligne à Florianopolis, Brésil)