Itinéraire

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Jacques || Déterminé, perspicace et imaginatif

Du Paradis à l'Enfer

Écrit par Jacques on 21 janvier 2012.

 Bien sûr chacun se fait sa propre image d'un voyage autour du monde. Certains y voient avant tout le bonheur paresseux, celui de l'exotisme ou celui des vacances non payées, à l'écart des préoccupations quotidiennes de la vie professionnelle. D'autres y voient les dangers et les tracas suscités par les rumeurs diverses ou les mauvaises expériences brandies par un quiconque qui a connu la malchance.

 Un voyage, comme le nôtre, n'a finalement, absolument rien avoir avec tout cela. Et si nous avons le plaisir de rencontrer des paysages merveilleux et de dormir dans les déserts ou les steppes, notre quotidien se révèle une labeur difficile avec ses obligations et ses contraintes. De même, une fois aguerris aux routes, aux réparations et aux renouvellements inconnus, les dangers relèvent plus de l'inattention que de la malchance. Mais finalement, il s'agit avant tout d'accomplir, jour après jour les tâches qui nous incombent dans des lieux nouveaux, avec des personnes différentes en préservant les besoins de chaque membre de la famille.

 Mais, au-delà de cette routine égale à toute autre routine, chaque pays nous amène son lot d'émotions et de réflexions. Avec des différences et des ressemblances aussi merveilleuses que terrifiantes.

 Nous venions de traverser le Laos et son aspect originel, avec sa population douce et accueillante. Tous les jours des sourires généreux et sans malice, nous réchauffaient le cœur. La pauvreté des habitants n'était guère synonyme de misère. Au contraire, elle donnait l'impression d'un renoncement total aux bienfaits du progrès pour une vie plus simple et plus sereine. Dans le calme qui y régnait, on aurait pu croire que le paradis existait bel et bien. Mais, qui dit paradis, dit aussi enfer. Les laotiens sont bien placés pour le savoir, eux qui ont été bombardés, sans raison, comme nul autre pays au monde par l'Amérique salvatrice et porteuse de démocratie. Toujours est-il qu'ils ont retrouvé, pour l'instant ce paradis perdu, et que le touriste (américain) peut s'y délecter comme un élu aux premières loges.

 Dernièrement, la traversée du Cambodge nous a laissés interdits dans nos appréciations et dans nos jugements. Nous n'étions pas sans ignorer ce qui nous attendait, et si le pays des Khmers, plus peuplé, n'a pas le calme rêvé de son voisin, nous avons toujours été accueillis avec le sourire et une grande attention dans les campagnes du pays. Moins réservés que les laotiens, les habitants sont toujours venus à notre rencontre, pour découvrir le camping-car et nous demander s'ils pouvaient nous servir d'une manière ou d'une autre.

Femmes_et_enfants_khmers

De même, les filles se sont faites des amis de jeu, avec une facilité déconcertante, suivies constamment par une bande de gamins tout heureux de s'amuser avec des nouveaux venus. Pourtant, notre passage à Phnom Penh allait nous rappeler à quel point, le traumatisme de ce peuple est encore présent et n'épargne aucune famille cambodgienne.

 Si nous avions visités avec Zachary, les camps d'Auschwitz et mesuré la froide méthodologie d'extermination nazie, il nous semblait peu pertinent à l'époque d'y emmener les filles préférant les préserver encore des aspects cachés et monstrueux de l'humanité.

Alors, pourquoi leur faire découvrir la prison-musée de Tuol Sleng? Certainement un reste de naïveté de notre part... Ensuite l'ampleur et l'aspect encore rudimentaire des méthodes employées pouvaient nous laisser croire que la folie des khmers rouges serait plus abordable que la rationalité efficace des nazis. Enfin, l'ensemble du musée peut se visiter de manière rapide, si nécessaire, et il y est relativement facile d'éviter les lieux où les images choquantes pour de jeunes enfants.

 C'est ainsi que nous découvrîmes, au sein de la prison, comment la folie paranoïaque des khmers rouges s'était retournée, sans aucune raison valable, contre son propre peuple. Assassinant, jour après jour, des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants sans critère d'aucune sorte. Fussent-ils aussi stupides, injustes et abjectes que ceux déterminés par les nazis! La folie meurtrière des khmers rouges était, au final, dépourvue de logique ou même d'idéologie. Un conditionnement brut et « inhumain » qui n'avait pas prévu ses effets retords.

 Comme si St-Pierre avait décidé subitement de fermer les portes du paradis, sans en aviser les conséquences. Ainsi les cambodgiens se sont retrouvés bannis de leurs villes et de leurs maisons, puis déplacés dans le pays pour effectuer des travaux forcés, pesant purgatoire temporaire souvent sans issue, si ce n'est celle du pire. Ce pire vous tombait dessus, par délation, par erreur, par jalousie, surtout sans fondement, et dès lors on vous ouvrait les portes de l'enfer, situées dans les nombreuses prisons d'inquisition et d'exécution disséminées dans tout le pays, dont Tuol Sleng, n'était que la plus atroce.

 Cet enfer bien concret et matériel, dont nul ne peut désormais douter de son existence, existe toujours parmi les hommes. Depuis la fermeture de la prison, rien n'a bougé. Et dans les anciennes classes de cette école secondaire, réquisitionnée pour les besoins des exactions secrètes, les murs, les pierres et les barbelés témoignent en cœur des dernières semaines de souffrances des condamnés. Seuls quelques tableaux noirs, suggèrent qu'en d'autres temps des enfants s'amusèrent dans ces salles, quand la paix y dominait et que la société s'affairait en toute tranquillité.

 La terrifiante horreur du massacre khmer, c'est qu'il nous laisse orphelin face à nous même. S'il est relativement facile de se distancer des idéologies nazies ou encore des idéologies extrémistes quelles qu'elles soient. Il devient difficile de se positionner dans un monde où la raison n'existe plus.

Un monde mis en place par des êtres humains, comme nous, et qui, en perdant subitement tout entendement et toute valeur, s'enclenche en destruction comme une catastrophe naturelle et imprévisible.

 Kant disait que si l'homme existait et était doté de raison, c'est certainement que la nature s'était donnée un moyen pour réfléchir sur elle-même et pour agir en conséquence. Malheureusement, tout outil à ses dangers quand il est mal employé. Ou dans notre cas présent, quand il s'y emploie mal.

Dès lors, il est facile de constater à quel point l'être humain se trompe facilement et creuse par ses erreurs sa propre tombe. La nature effacera alors son œuvre imparfaite, aussi inadaptée que le dinosaure, pour s'essayer sur une nouvelle créature...

 Il est alors plus simple d'oublier et de retourner à ses occupations, de se plaindre de son quotidien et de ses petits besoins. Reniant cette bête qui sommeille en nous, et se persuadant du bien fondé de nos valeurs qui nous rendent si différents et si supérieurs au reste des animaux.

Puis en attendant un éveil providentiel, livré en software pour notre dernier bijou technologique, nous nous rassurerons que notre bêtise générale, n'est pas l'œuvre de notre volonté individuelle, mais bien celle de la propagande sociale, idéologique, religieuse ou publicitaire.

 Mais il est tard, cher lecteur, il faut que je rentre chez moi...


Jacques Gravatar   27.02.2012 14:26
Reponses Oui Non @ Caroline : Merci Beaucoup pour ton commentaire. Nous pourrions bien sur discuter pendants des heures de ce theme de la barbarie de la guerre et de son maintient abjext dans l'apres-guerre. Savoir que tortionnaires, violeurs et tueurs continue a vivre et a elever leurs enfants quelquefois juste a cote de leurs victimes et les envoient peut-etre dans les meme ecoles. Le plus admirable chez les victimes cambodgienne c'est cette capacite a pardonner et a temoigner si peu d'annees apres les exactions...
@ Araceli : Oui, malheureusement cela doit se combattre au quotidien...chaque abus de pouvoir que l'on laisse passer est une forme d'acceptation de ce qui continue d'arriver. Comme toujours le plus simple (qui pour beaucoup est tout un programme) reste deja de balayer devant sa porte!
@ Maki maki : Commencons par empoisonner les chiens cela affaiblira deja les maitres...chaque matin je prends une douche au poivre et au chile(havanero) au cas ils viendraient renifler trop pres de moi! ;D
@ matuteram : Je ne me permettais pas de juger les cambodgiens, qui a mon avis ont fait un travail de memoire impressionant...mon texte s'adresse bien plus aux occidentaux qui ont les moyen de s'eduquer, mais qui preferent trop souvent fermer les yeux...chacun aura ses raisons, je me permettrais pas de les juger. Par contre il est toujours bon de se rafraichir le cerveau avant qu'il soit trop tard. Les bonnes raisons ont souvent besoin d'air frais pour se maintenir!
@ Jaume : Com veus, continuarem defenden auquestes reflexions. Molts drets o idees demanan sigles por ser cumpreses. Aquestes son de las que demanan millenaris...:'(
@ Corinne et Olivier : Merci pour votre participation. Cela fait plaisir d'etre lu et completer par les commentaires. Comme tu le dis si bien, tout s'oublie a grande vitesse quand il les supports disparaissent. Mais surtout, il suffit a peine de deux generations pour oublier une guerre...en Europe nous y sommes bientot. Aurons-nous vraiment appris avec tous les supports que nous avons eus ou nous sommes nous justes contentes de deplacer le probleme?
Merci encore pour la comparaison avec le Nicaragua!
Hasta la proxima con mucho placer!
@ Nerita : El problema es que el ganado siempre se le olvida que es ganado...Y siempre hay aquella parte que se enriquece matando al ganado. Que con poca m... que le des el ganado rapido engorda!
@ Araceli 2 : Finalemente salio el album siguiente. Un problema de derechos que no permitia vizualizarlo. Estamos ya cerquita de Kuala Lumpur. Un beso malesiano!

@ Tous : Merci pour votre participation, elle me touche profondement lorsque l'on aborde ce genre de sujet. ;)
 
 
araceli Gravatar   13.02.2012 19:52
commentaire photos Thailande Oui Non
Un vrai régal! La prise à l’heure du « chien-loup » . Il y a celles qui trouvent toujours un cocon bien chaud où se blottir, ceux qui préfèrent la compagnie « des adultes » (l’ado est à croquer tout cru) et notre protectrice attitré des animaux.
Ondine effarouchée surveillerai-t-elle le bas de ses jambes boutonneuses (l’eau salée élimine toute trace de morsure anophélique) ou celui qui, chastement, traite de cacher son bouddhique ventre heureux ?
 
 
Nerita Gaiteiro Gravatar   02.02.2012 21:32
No importa Oui Non cuantas veces lea sobre las barbaries pasadas, en una u otra parte del planeta.Da lo mismo que piense porqué o como fue posible o se me revuelva el estómago o diga no con Raymon o, o, o .... , siempre, siempre llego a la misma pregunta : si tanto nos espanta a todos porqué todavía no hemos dado con la fórmula para que no siga pasando? no sabemos?, no podemos?, no queremos+? o quizás.....??????? está la respuesta flotando en el viento amigo mio? Si alguien la conoce que la haga saber al mundo, hoy la comunicacion es rápida y los medios casi infinitos. Quien sabe, igual hasta nos ponemos de acuerdo y conseguimos que solo se hable de eso en pasado porque ya no exista en el futuro. !amén!  
 
Corine, Olivier ++++ Gravatar   25.01.2012 20:57
... Oui Non Je suis allée, il y quelques années à Pnom Penh, mais pas à Tuol Sleng. En lisant ton coup de gueule (me permets-tu?), je me souviens d'avoir perçu beaucoup de ces horreurs dans les témoignage s que j'ai eu l'occasion d'entendre là-bas. Tuol Sleng, Auschwitz, ou d'autres temples de la folie humaine donnent cette opportunité d'utiliser les images comme support à notre réflexion. Ces lieux sont notre mémoire, après celle des Cambodgiens et des Allemands. Et permettent, pour un temps, pour certains, de ne pas oublier. Et si ces exemples extrêmes (qu'ils soient apparemment organisés ou non) sont emblématiques , c'est en partie peut-être parce qu'ils sont liés à ces lieux de mémoire. Merci donc, Jacques, d'être, au-delà du commentaire, transmetteur de cette mémoire.
Vivant pour un temps au Nicaragua, je ne peux m'empêcher alors d'évoquer, sans comparaison aucune, la douleur et la terreur indescriptible qui se lit dans les yeux des survivants aux geôles de Somoza, dictateur à la botte des pays du nord jusqu'en 1979. Pourtant, ici, leurs enfants ont une conscience déjà plus floue de ces années de peur et d'horreur. Comme l'ont fait remarquer Caroline et Aracely, il y en a d'autres, qui n'ont pas ces lieux où stigmatiser l'enfer. Reste le témoignage , mais la plupart sont morts, ou ne savent pas écrire. Alors, on oublie. Peu à peu.
Merci à tous les 5 pour vos écrits et vos dessins, pour vos photos et tout ce qui se partage à travers vos interventions. Merci de voyager les yeux ouverts, et de nous en faire profiter.
Dale pues, y que le vayan muy bien.
 
 
jaume sans Gravatar   24.01.2012 10:50
Oui Non Salut, Jacques
Estic en un moment que no disposo de temps, però no em puc estar de dir-te que celebro haver dedicat uns minuts a llegir-te. Les idees que exposes són bàsiques, els problemes que toques, fonamentals. A vegades sembla que no hi ha soucions i que el mal acabrà imposant-se sempre. Però jo segueixo creient que reflexionar sobre aquesta problemàtica és ja quelcom per demostrar el contrari. Gràcies per haver-nos donat ocasió a continuar la reflexió i a feer més fort aquel "Diguem NO " d'en Raimon.
Una abraçada
L'Avi i Beatrice ;);)
 
 
matuteram Gravatar   22.01.2012 21:27
d'un renoncement total aux bienfaits Oui Non Cher Jacques, l’homme , aussi bien que l’animal, ne peut renoncer à quoi que soit, si de prime abord, il ne l’a pas connu ; vous ne l’ignorer guère, et ces malheureuses contrées n’ont été en contacte qu’avec le plus grand dénouement . Pour eux, il me semble, il ne s’agit pas de choix. Notre regard occidental transforme leur réalité : nous pouvons choisir, nous pouvons renoncer, eux subissent, certes, avec un sourire enthousiaste. Un bonheur semblable à celui de masses qui acclament leur idole et trouveraient le bonheur dans le partage éphémère d’un petit four, d’une poignée de main ou d’une photo avec dédicace . Intangible le bonheur . Toujours le même plaisir à vous lire.  
 
tata banya Gravatar   21.01.2012 19:23
maki maki Oui Non

Ben, ben, c’est plus que la flamme sacrée . Gaffe-toi mec, la censure est partout à la mode et un petit mot sensible est suivi à la truffe clébarde . De vieux souvenir sont à l’assaut dans ma cervelle, mon vieux redresseur des torts.
Ilal Aman
 
 
araceli Gravatar   21.01.2012 14:57
sadisme sous couverture Oui Non A telle passion je ne saurai que rappeler que la cruauté humaine n’a d’égal dans le monde que nous connaissons. Tous se rappellent du nazisme ( peu l’ ont combattu avant sa fin!), beaucoup se voilent la face pour ignorer les geôles franquistes, les françaises de Cayenne et d’Algérie ,celles du Chili et de l’Argentine , les américaines dans les pays "protégés" , la souffrance des palestiniens …
Tu cites Kant, je te renvoie à Horace Walpole « The world is a comedy to those that think and a tragedy to those that feel »
Tendrement
 
 
Caroline Gravatar   21.01.2012 07:59
Oui Non Oui, le Cambodge, pays du beau et du laid....Angkor, qui témoigne de la folie des grandeurs, mais qui nous fait rêver, tant l'architecture est impressionnante ....et la prison de Pnom Pehn, folie des grandeurs, politique plutôt cette fois, qui nous envahit dans nos cauchemars.
Je n'ai pas vu Auschwitz, mais ce que j'ai vu à Pnom Penh, cela dépassait mon entendement. Et j'ai été surtout bouleversée par les gens que j'y ai vus, qui recherchaient une personne de leur famille, qui pleuraient ou non. Moi, je venais voir l'horreur, eux ils venaient avec elle, à cause d'elle. C'est peut-être d'autant plus poignant pour moi que j'ai l'âge des Khmers Rouges...et que j'ai vus dans ce "Musée" des gens de mon âge s'y rendre en mémoire des leurs. Tout en étant probablement tout aussi bouleversant, Auchwitz est déjà plus éloigné dans le temps, déjà pour nos enfants de l'Histoire. Ici, à Pnom Penh, tout une génération essaie de se remettre, avec la peur du futur, puis toute la nouvelle essaie de revivre, avec l'espoir. Et quand on sait que les Khmers sont toujours là, bien que cachés..... Et quand on se penche sur ces années-là, puis celles qui ont suivi, et qu'on voit l'hypocrisie de nos pays face à ces tragédies, qui ne veulent voir que ce qui les arrange et qui pensent récupérer l'Histoire en tentant de s'approprier le procès de ce triste général... Cela révolte, on pense à l'Afghanistan, à la Lybie, sûrement à la Birmanie et probablement quelques pays d'Amérique du Sud, où les ficelles sont tirées par ceux qui se veulent les maîtres de ce monde. Le voyage, c'est aussi une manière de témoigner à son échelle, et de faire garder dans les mémoires de tous qu'il y a la routine, mais qu'ailleurs, peut-être même dans la rue voisine, il se passe d'autres choses....
Je vous souhaite toujours de nouvelles découverte s. Et merci de tous ces textes/dessins de chacun/e qui nous font encore réfléchir.
 
 
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