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Florence || Dynamique, patiente et joviale

Espoir

Écrit par Florence on 8 octobre 2012.

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(clic sur la photo pour accéder à l'album)

Après deux années de voyage, nos économies ont déjà passablement fondues. Arrivés en Amérique latine, nous pensons sérieusement travailler afin de renflouer notre compte en banque. Mais comment faire pour trouver un emploi avec nos trois enfants que nous devons instruire et notre mode de vie nomade? La solution viendra à nous sur un plateau grâce à Ruben, un espérantiste argentin qui nous parlera de  Bona Espero .

Bona Espero est une « ferme-école » pour enfants fondée en 1957 par six espérantistes brésiliens qui achetèrent des centaines d'hectares de terrain dans la campagne proche d'Alto Paraiso, au centre du pays. A cette époque, Bona Espero accueillait et instruisait une vingtaine d'enfants du voisinage trop pauvres et trop isolés pour avoir accès à l'école.

Depuis juillet 1974, l'institution est gérée par un couple espérantiste germano-italien: Ursula et Giuseppe qui vivent dans la communauté et partagent la fonction de directeurs avec d'autres membres de la fondation. Ils s'attelèrent à la tâche gigantesque de rénover et agrandir les lieux avec peu de moyens financiers. Au fil des ans, l'objectif de Bona Espero s'est élargi. L'institution accueille aujourd'hui principalement des enfants placés par le juge des mineurs pour les soustraire à des sévices corporels ou sexuels perpétués par leurs proches. Les jeunes suivent bien sûr le cursus scolaire brésilien, mais il apprennent aussi, avec Ursula et Giuseppe, l'espéranto.

Bona Espero est financé par des associations espérantistes diverses, le Rotary Club dont sont membres Ursula et Giuseppe ainsi que par l'ONG brésilienne Uniao Planetario. L'institution s'auto-gère écologiquement, entre autres par la consommation de fruits et légumes cultivés sur place. A Bona Espero, on mange en effet végétarien. Enfin, les dépenses sont limitées car, mis à part quelques postes fixes salariés, des volontaires du monde entier; notamment grâce au réseau espérantiste, peuvent venir travailler sur les lieux en échange du gîte et du couvert.

Voilà qui nous semble parfait! En proposant nos services à Bona Espero, nous ne gagnerons pas d'argent, mais nous éviterons d'en dépenser, ce qui est tout aussi bien. Mais surtout, je me réjouis de renouer, même pour un temps limité, avec mon travail d'éducatrice spécialisée. Et Zachary, Zohra et Zélia pourront à nouveau être en contact avec des enfants de leur âge, but principal de la deuxième partie du voyage.

 

Notre premier séjour sera bref; il nous permettra de prendre connaissance des lieux et des habitants. Très vite, nous sommes heureusement surpris de constater que, même si les enfants ne parlent pas beaucoup espéranto, ils le comprennent bien. Ainsi, entre la langue internationale, l'espagnol et les mots de portugais que nous connaissons, nous arrivons à communiquer. Ces jeunes ne sont d'ailleurs pas farouches et viennent spontanément à notre rencontre; ils sont particulièrement heureux de trouver des copains de leur âge, différents. Il est plutôt rare en effet, que des bénévoles arrivent à Bona Espero en famille.

Mais en tant que professionnelle, je sens très vite que nous arrivons en pleine crise. Comment se fait-il que si peu d'adultes s'occupent d'autant d'enfants ayant de surcroit vécu des traumatismes. Ce n'est pas normal. Nous apprenons que la cuisinière et l'institutrice sont parties soudainement, mais où se trouvent les travailleurs sociaux ? Ursula et Giuseppe restent la référence principale, mais à 80 ans, ils ne peuvent plus avoir le même entrain. Une jeune brésilienne de 20 ans vient faire réviser les leçons aux enfants, puisqu'au Brésil les écoliers vont à l'école, soit le matin, soit l'après-midi. Malheureusement, elle quitte son poste dans un mois pour partir voyager. Sa maman, ancienne résidente de Bona Espero vient également en fin de semaine s'occuper des jeunes, mais de façon irrégulière. Enfin, un couple habite les lieux, faisant office de « gardiens », mais ils ne sont ni travailleurs sociaux, ni psychologues et passent plus de temps à la cuisine et à la maintenance des lieux qu'avec les enfants..

Je me rassure pourtant en pensant que ces jeunes sont de toute façon déjà bien mieux à Bona Espero que dans leurs familles. Ils mangent quatre fois par jour des repas équilibrés et diversifiés, sont scolarisés et se sentent enfin en sécurité. D'autre part, je me rends bien compte que mes exigences sont calquées sur des normes européennes et qu'ici, la réalité est sûrement bien différente... Nous repartons la tête pleine de questions, mais avec l'assurance de revenir plus longtemps travailler dans la communauté.

 

Lors de notre deuxième séjour, quelques semaines plus tard, nous constatons avec plaisir que le lundi matin arrive toute une troupe de travailleurs. Malheureusement, ce ne sera pas pour les enfants, mais pour réorganiser le fonctionnement des lieux et restaurer ce qui en a besoin. Quelle déception! Certes, il faut réparer et repeindre, mais je continue de penser que les enfants doivent être la priorité. S'occuper sommairement d'enfants vivant en internat pour avoir accès à la scolarité car ils résident trop loin de l'école est possible. Mais ce n'est plus le cas avec des enfants ayant vécu des traumatismes. La plupart des jeunes présents sont souriants et plein de vie, mais je saisis aussi au vol des regards durs et méfiants, voire des comportements bizarres d'un ou deux enfants carrément perturbées psychologiquement. Il est bien connu, qu'en ne se préoccupant pas assez ou pas à temps de leurs blessures psychiques, les violences vécues risquent fort de se répéter soit contre eux-mêmes, soit contre autrui, maintenant ou plus tard...

Nous ne saurons finalement jamais la raison de ce manque de personnel et espérons que la situation se régularisera au plus vite. Par contre, cette expérience m'a beaucoup fait réfléchir sur les financement publics et privés dans le social. En discutant avec plusieurs brésiliens, j'ai compris que les services publics du pays, s'ils sont existants restent insuffisants. Les internats brésiliens pour enfants n'offrent apparemment pas le même cadre de vie extérieur « idyllique » de Bona Espero. D'un autre côté, Bona Espero ne recevant pas de financements publics, doit se débrouiller pour trouver des fonds privés; affaire peu facile, mais qui leur laisse néanmoins la possibilité d'organiser le fonctionnement de l'institution comme bon leur semble. Et cela peut être la porte ouverte aux dérives... J'étais surprise par exemple de constater que comme la plupart des directeurs sont végétariens, tout le monde doit l'être à Bona Espero... Or beaucoup des enfants m'ont avoué adorer la viande!! Ce fait n'est pas grave en soit, mais démontre que celui qui finance peut choisir de décider pour tout le monde selon ses idéologies et croyances qui doivent être adoptées... J'ai réalisé alors, l'importance de maintenir de bons services étatiques chez nous en Suisse... En développant un système public fonctionnel, les institutions doivent certes, se soumettre à un contrôle extérieur de l'Etat, mais celui-ci peut par contre faire office de régulateur de quelconque déviation. De plus, elles reçoivent en contre partie l'assurance d'un financement minimum régulier et d'un personnel formé. Ce qui manque à Bona Espero, en tout cas actuellement; ce sont justement des professionnels restant suffisamment longtemps sur place pour que les enfants puissent leur faire confiance et extérioriser leurs blessures. Bien-sûr, les responsables de la communauté font ce qu'ils peuvent avec les moyens du bord et dans ce sens je reconnais qu'ils font des miracles depuis des années... Les améliorations sociales dans le pays dépendent comme partout des politiques et cela, c'est une autre histoire...

 

Mon intuition ne m'avait pas trompé. Nous apprenons très vite lors de ce deuxième séjour, que des violences particulières se sont perpétuées la nuit entre les enfants. De plus, une autre scène vécue confirme également la nécessité d'une aide plus ciblée pour ces jeunes enfants... Les exigences européennes d'encadrement ne sont donc pas exagérées et sont le fruit de plusieurs années de réflexions et expériences.

Alors que je me trouvais seule dans le réfectoire en fin de journée, j'entends tout à coup des pleurs profonds mais discrets dans la salle de classe adjointe. Je me lève et vois Jean, 9 ans, en larmes, complètement paniqué tentant sans succès de reposer sur le mur une petite étagère à moitié cassée. Je m'approche pour l'aider, émue et déconcertée par son immense désarroi. J'observe les morceaux de bois qu'il tente de reposer sur les clous du mur et ne comprends pas pourquoi cela ne tient pas. Il doit manquer des clous... Enfin, je constate que dans sa panique à réparer au plus vite les dégâts, Jean tient l'étagère à l'envers. Je prends les morceaux de ses mains pour les rassembler. Jean comprend alors que je vais l'aider et se calme. Il reprend même assez vite ses esprits et me trouve un objet suffisamment lourd pour faire office de marteau. L'étagère est vite reclouée et remise en place. Jean me remercie et s'éloigne visiblement rassuré et soulagé. Moi, je prends encore un peu de temps pour digérer ces quelques minutes poignantes. Qu'a donc vécu cet enfant dans sa courte vie pour avoir eu une telle frayeur d'avoir cassé une étagère déjà vétuste ? Mon imagination galope à vive allure...

Mais je réfléchis aussi que cette scène aurait pu être l'occasion pour un professionnel de lui parler, de le rassurer sur sa sécurité dans ce lieu ou même éventuellement l'occasion de l'aider à raconter son vécu traumatique. Impossible malheureusement pour moi de le faire. Tout d'abord je ne le connais pas assez et lui non plus. Ensuite je ne parle pas le portugais, langue dans laquelle il peut s'exprimer au mieux. Une occasion ratée, mais j'aurais pu en tout cas contribuer à faire baisser ponctuellement son angoisse...

(mis en ligne à Sao Sebastiao, Brésil)



Florence Gravatar   06.11.2012 16:32
Réponses Oui Non @ Jauma: Durant ces deux premières années de voyage, ce qui nous a le plus inquiété, est d'avoir constaté le mauvais niveau d'éducation public dans la plupart des pays... alors que l'éducation reste la base pour améliorer les conditions sociales des gens !! Bon, je m'arrête là, de cela aussi nous pourrons discuter des heures; il y a beaucoup à dire...
@ Neri: Gardons espoir, "les petits ruisseaux font les grandes rivières" dit le proverbe; et c'est vrai.
@ Mamy: Je vais faire sauter au plafond plusieurs personnes; mais oui, je me réjouis de reprendre mon travail passionnant !!!
@ Chely: D'accord pour ta conférence et qu'elle apporte beaucoup d'argent pour les défavorisés du monde. Avec de la volonté on peut aider, mais sans argent on va moins loin...
@ Tata Banya: Pas pu lui ébouriffe r les cheveux, il avait le crâne rasé à cause des poux !! Allez, moi aussi je me moque...
@ Matuteram: Gardons l'utopie comme ligne d'horizon et si nous parvenons ne serait-ce qu'à mi-chemin, nous serons contents.
@ Belsita: Nous avons en tout cas une certitude: les problèmes sociaux sont les mêmes partout avec comme différence plus ou moins d'argent dans le pays; donc plus ou moins d'aide pour les défavorisés.
 
 
Nerita Gaiteiro Gravatar   28.10.2012 21:08
Tantas veces Oui Non nos faltan palabras para expresar nuestros sentimientos ante lo que los ojos perciben... En tu relato no echo de menos ninguna y la más importante es la primera:ESPERAN ZA. Mientras no la perdamos podremos intentar "remendar" trocitos de los enormes rotos existentes por el mundo. Y quien sabe! es posible que algún día logremos cerrar la mayoría. Un abrazo.  
 
tata banya Gravatar   22.10.2012 14:35
Maki maki Oui Non Il a de la chance le petit Jean!Je parie que la gentil dame lui a ébouriffé les cheveux!
Va, ne regrettez trop le métier d'éducateur ... vous en aurez de quoi faire à votre retour dans le pays de Calvin.
Ilal Aman
 
 
jaume sans Gravatar   19.10.2012 16:49
Oui Non Je viens d'ouvrir le courier après ma rentrée de Barcelone.
Je vu l'email de Jacques et j'allais lui répondre mis j'ai voulu avant jetter un coup d'oeil sur ton article, en laissant pour plus tard l'email et les photos...
Ton article, en plus de fournir des informations sur le travail des esperantistes est d'une densité telle que nous en pourrions discuter pendent des heures.
Et aussi d'une tendresse qui souligne admirablement ton discours. Ne t'en fais pas de n'avoir
pas de connaissances suffisantes de portugais pour mieux rassurer le petit Jean. Il n'ouvliera jamais ton geste, j'en suis sûre, même si le souvernir reste dans son subconsient.
Le problème de la violence dans le monde est vraiment le plus grave des problèmes et la chêne qu'il origine a une source que l'on devrait combattre, mais que l'on ne cesse pas d' encourager avec une education que veut préparer de triomfateurs: l'egoïsme.
C'est qui me décourage le plus est que la situation de crise ne fait que augmenter le danger d' une croissance de la violence de toute sorte.
Trouver de gens engagés c'est aussi résultat d'une éducataio n baséesur l'egoïsme et la promotion sociale, plus que sur de valeurs fondamentales.
Je t'embrasse fortement . Embrasse tous les autres... et aussi le petit Jean ou Joao
L'avi et Beatrice;);)
 
 
matuteram Gravatar   17.10.2012 16:27
Mon imagination galope à vive allure... Oui Non Votre enthousiasme et votre fugue, ma chère Florence, nous portent à un monde meilleur quoique, peut-être, utopique. Mes hommages  
 
belsonita Gravatar   11.10.2012 17:08
Oui Non Merci Flo pour ton émouvant récit, c'est terrible de constater que des êtres si jeunes et si fragiles souffrent autant, dommage que tu ne parles la langue!!! mais au moins pour quelques instants tu as réussi à calmer son angoise et lui donner un peu de ton calme :-*
Je suis toujours très sensible à tes récits car ils sont d'une profondeur prénante,en core merci de partager tes préocupatio ns avec nous.
Nous embrassons tout le monde
;);););)
 
 
Vonaesch Gravatar   10.10.2012 12:31
Ma Flo Oui Non Quel beau récit qui vous remue. Je retrouve la professionnelle qui sait aussi nous parler avec tout son coeur de ces enfants, de ce qu'ils ont et surtout de ce qui leur manque
On voit la différence dans votre voyage. Donnez des nouvelles de Droopy
1000 bisous Mamyjeanne
 
 
araceli Gravatar   09.10.2012 16:12
Nerita Oui Non Llegamoa a casa con Nerita como habeis visto : todo en orden;)  
 
araceli Gravatar   09.10.2012 16:09
Oui Non Tu as, en tout cas, réussi, déjà, à nous émouvoir avec ton récit palpitant sur les conditions de vie des enfants de Bona Espero et tu as su nous offrir un autre coté occulte et si enrichissant de votre périple .
Si tu le permets, que je ferai de ton article le sujet d’une conférence chez les Rotariens des ma rentrée a Saint Barthelemy. Tendrement. Chely

 
 
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