Itinéraire

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Droopy || Petit, robuste et persévérant.

Sur les terres des frères rouges (4)

Écrit par Droopy on 12 juillet 2012.

Arrivés dans un village, au nord du Lac Baïkal, nos amis sont accueillis par Kostic. Mais le village n'a que peu l'habitude des étrangers et derrière les portes et les fenêtres fermées les villageois surveillent ces nouveaux venus. (cf. Sur les terres des frères rouge 3)

 

La nuit tarda à venir, car les journées se rallongeaient considérablement, pendant l'été, à Nizhneangarsk. Si bien que les étoiles n'apparaissaient que quelques heures avant de laisser place aux lueurs de l'aube qui ce jour-là ne tardèrent pas à réveiller le Gros. Soucieux, il se leva et commença à sortir les caisses à outils, rangées sous le banc des passagers.

 Il ouvrit mon capot et entreprit de démonter le radiateur. Derrière les fenêtres du premier étage, un homme surveillait tous ses mouvements, mais le Gros était bien trop occupé pour remarquer une présence aussi discrète et lointaine. Il était maintenant sous mon ventre et essayait de démonter les raccords du circuit d'eau quand deux immenses bottes en caoutchouc s'arrêtèrent de part et d'autre de ses oreilles.

 Un grognement rauque fit prendre conscience au Gros qu'il n'était pas seul et voyant les deux pieds immenses, il voulut se soulever brusquement et se cogna contre le pare-choc. Il réprima la douleur et s'extirpa de dessous du véhicule pour faire face au géant. Ce dernier faisait une tête de plus que lui et de grosses moustaches de morse cachaient ses lèvres supérieures. Ses petits yeux profonds dévisageaient  les rondeurs du Gros, comme s'il évaluait de près les mensurations de cet étranger venu s'échouer sur sa banquise. Puis, voyant que le Gros n'avait pas une constitution à passer l'hiver prochain. Il répéta sa question en la formulant cette fois dans une langue étrangère:

 -        KAPUTT?

-        Ya, der Radiator ist kaputt ! S'exclama le Gros ravi de voir qu'ils avaient au moins  un mot en commun.

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Il n'en fallait pas plus pour que les deux hommes se mettent ensemble à travailler. Le radiateur, une fois défait de ses attaches, ne tarda à se retrouver entre les paluches du géant. Vint alors tout un échange de signes, propres au langage des sourds-muets de la mécanique. De temps à autre les gestes s'accompagnaient d'un « yaa » ou d'un « daa » stipulant clairement que les deux bonshommes s'accordaient. Puis ils disparurent un peu plus loin, dans un entrepôt que le géant avait à sa disposition.

 Quand il revinrent, un autre géant les attendait la tête dans le moteur. Il inspectait, à son tour, mes tuyauteries avec attention. Ce dernier n'était autre qu' Alexis, le beau-frère de Kostic, mécano de profession. Les deux géants s'expliquaient sur la panne quand une voiture qui passait dans la cour s'arrêta. Un troisième géant vêtu d'une tenue de pêche,couleur kaki, en sortit et vint se mêler à son tour aux discussions. Chacun y allait de son avis sur les matériaux et les colles qu'il fallait utiliser pour arriver à bout de cette panne de radiateur. Mais l'affaire semblait sérieuse, car un quatrième géant apparut, plus grand mais bien plus maigre que ses compères. Sans hésiter, il se mit à contredire le pêcheur et à stipuler en tapant sur le pare-choc que la priorité n'était pas le radiateur, mais le renfort du pare-choc. Ils tombèrent tous d'accord et ils appelèrent un cinquième géant qui ne tarda pas à venir avec son matériel de soudure.

 Pour la première fois de mes aventures, j'allais subir une opération à l'arc électrique. J'étais loin de m'imaginer alors que ce baptême du feu ou plutôt de foudre serait le premier d'une longue série. Une chirurgie orthopédique commune chez les destriers des contrées sauvages. De même qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d' oeufs, on ne fait pas de héros épique, sans quelques cicatrices. Le géant chirurgien souda quelques plaques de ferraille sur ma plaie du pare-choc tandis que les autres s'attaquaient au radiateur. Après quelques essais sans succès, c'est finalement le géant pêcheur qui gagna le concours des colles et des matériaux et qui parvint à colmater la fuite de manière définitive.

 La réussite de l'opération fut fêtée par un repas de poisson pour mon maître et sa famille. Les jours suivants de nouveaux mets leur furent préparés, toujours à base de poissons. Certains provenaient de  la mer sacrée, d'autres des rivières qui y affluaient. Ainsi chaque jour on leur faisait goûter une recette différente. Tantôt ils étaient préparés en sauce, tantôt ils étaient cuits au four sous forme de tourte. A chaque fois, la présentation différait et le goût ne rappelait aucun des repas précédents. Il semblait à nos amis que cette région était plus riche en poissons que les océans du globe réunis.

 Ainsi, jour après jour, les familles firent connaissance et se lièrent d'amitié avec ses étrangers venus de l' haut-delà. Ensemble, ils allaient désormais se baigner à la plage où aux sources d'eaux chaudes. On les initia aussi aux croyances des esprits pour que désormais leur route soit plus sûre. Et quand vint le dernier soir, un festin d'adieux fut préparé par l'épouse d'Alexis et la soirée se prolongea entre rires et anecdotes sous les traductions Kostic, qui n'avait que peu de répit pour se régaler aux milieu de tant demandes. Les émotions étaient à leur comble et tout le monde voulait profiter de ses derniers instants avant la séparation.

 Le lendemain les familles se levèrent de bon matin pour nous dire au-revoir, quelques larmes discrètes couleraient sur les joues avant l'embarquement. La rareté des rencontres rendait dans ses lieux perdus, les départs encore plus difficiles, car chacun savait  qu'il faudrait beaucoup de volonté ou alors une chance incroyable pour que nos chemins recroisent un jour.

 De notre côté, il nous fallait à nouveau retraverser la montagne, puis la dense forêt. Les géants nous avaient indiqué un raccourci pour rejoindre Irkutsk. Mais, il s'agissait d une piste de forêt, sans village, ni habitation. Une voie que les géants bûcherons avaient creusé au travers de la Taïga et qui n'apparaissait pas sur les cartes les plus détaillées de la région. Seuls moustiques, animaux, esprits et monstres divers accompagneraient nos pas sur le retour.

 La veille du départ, le Gros avait changé mes pneus, car la pluie et la boue seraient des ennemis prévisibles et intraitables. Je fus armé de pneus crantés qui m' allaient comme des sabots de course.

 C'est donc heureux comme un jeune poulain avec de nouveau sabots que je m' élancai au galop pour franchir la montagne. Je me sentait aussi libre que la chèvre de M. Seguin, lors de ses escapades. L'odeur des pins et des épicéas m'enivrait et je m'amusais à faire frisonner les fleurs roses qui bordaient la piste. Sauvagement, je les recouvrais de poussière, comme un chenapan des alpes recouvre de neige les skieurs arrêtés au bas des pistes. Toutes poussiéreuses, les fleurs se mettaient d'abord à tousser puis offusquées, elles se scandalisaient telles de vielles commères fanées qui n'auraient plus le loisir de connaître les doux titillements d'une trompe de papillon. Mais, j'étais déjà loin et dans mon galop, seul le vent parvenait à me murmurer quelques mots téméraires pour aviver mon appétit de liberté.

 La descente était plus merveilleuse encore, je godillais sur la piste au milieu d'une avalanche de pierre qui essayait en vain de me rattraper. Dans l'effort, je brûlais des calories à faire jalouser les grosses de la terre entière, je me prenais pour une déesse des pistes quand soudain un voyant s'alluma au tableau de bord.

 - « Alerte, alerte rouge, Droopy fait une poussée de fièvre délirante! »

Bouboulineta criait au Gros de s'arrêter, l'aiguille de température grimpait au compteur et s'apprêtait à rentrer dans la zone rouge. Quelques secondes plus tard, je me retrouvais haletant, le capot relevé et le moteur toujours en marche. Le gros muni d'un torchon avait débouché le radiateur et me faisait ingurgiter des litres d'eau pour que je reprennes mes esprits.

Mais, où diantre était donc passée l'eau du radiateur, on avait beau regarder partout, nulle signe de fuite ne se faisait voir. Au contraire, la réparation des géants ne montrait pas le moindre signe d'humidité ou de transpiration. Un travail étanche à 100%.

Ma liberté et mes rêves s'envolèrent aussi vite qu'ils étaient venus.  Je me retrouvais à nouveau sous contrôle et perfusion. Le Gros me surveillait comme une infirmière des urgences qui craint que son malade ne succombe avant l'arrivée du médecin.

Mystérieusement, je me déshydratais sans laisser de trace aucune. Certainement une sorcellerie maléfique de la part des fleurs ou de quelques esprit jaloux de la taïga qui avait été oublié lors d'un de nos rituels. Un envoûtement que je traînerais encore durant de longs mois.

Pourtant  notre aventure, n'allait pas se terminer pour si peu. Si nous étions dans une région inhabitée, elle ne manquait pas d'eau et faire boire à un destrier qui a soif est une simple sinécure pour un infirmier confirmé, comme le Gros.

C'est ainsi que nous parvînmes, vers midi, à l'entrée du raccourci des géants. Nous nous y engageâmes sans trop nous inquiéter, car la route était encore longue. Au-dessous de nous la piste sèche et dure était incrustée de mille pierres pointues qui ne faisaient qu'augmenter l'adhérence de mes nouvelles chaussures. Nous dévorions les kilomètres, satisfaits de réduire la distance dans de si bonnes conditions. C'est alors qu'un sifflement, bien caractéristique, se fit entendre du côté arrière-droit. Une pierre plus pointue que les autres nous avait joué un vilain tour. Une nouvelle crevaison au milieu de nulle part. Mais, pour une équipe bien rodée, il s'agissait d'une broutille qui ne pouvait  entamer le moral des troupes. Par contre, une deuxième crevaison demanderait un démontage complet du pneu et une réparation sur place et il nous restait bien

quelques 350 km de piste isolée. Le Gros  décida alors de ralentir le rythme pour trouver un joli coin pour la nuit.

Quelques kilomètres plus loin, sous un pont, au pied d'une rivière transparente s'offrit à nous une belle plage de galets. Nous nous y installâmes malgré les moustiques voraces prêts à nous dévorer les fesses, lors des besoins pressants en pleine nature. Au petit matin, nous fîmes une grande cérémonie pour calmer les esprits de la taïga et leur demander protection jusqu'à destination. Les enfants dessinèrent des offrandes sur les pierres qu'ils offrirent aux esprits de la rivière.

Mais, malheureusement, les esprit ne font pas la route, pour cela il aurait mieux valu s'adresser à un Dieu de la pluie ou de la boue. En découvrant l'état de la route, on pouvait même supposer que l'artisan de cette oeuvre avait une âme de potier. La piste était son établi, parmi lequel jonchait une vaisselle en construction digne d'un Dali. Sans cesse, nous passions d'une assiette molle et peu engageante à  un bol rempli de boue froide et glissante pour nous hisser sur un plat en terre cuite et craquelé qui se dérobait sous mes pneus. Il ne manquait que plus la main de l'artisan lui-même et un peu de pluie pour qu'il nous pétrisse et nous incruste à jamais dans les délires de sa création.

La progression était lente et pénible. Choisir sa voie relevait d'un dilemme entre le mal et le pire.  Ainsi régulièrement je plongeais mon nez dans la boue et ravalait mon dégoût dans une moue indescriptible tandis que les éclaboussures recouvraient mon visage et mon corps, jadis si blanc et si pur. A tout moment, je m'imaginais englouti par la terre et noyé dans la boue. Une mort atroce et peu racée à peine plus digne que celle d'un chien ennemi crevé dans une tranchée.

Cette piste était taillée pour des camions de déforestation, des convois militaires ou au pire pour des tracteurs turcs. Votre pauvre et dévoué Droopy n'en menait pas large, seule la boue cachait sa fatigue et sa désespérance. Dérivant dans cette  mer de creux et de vagues, il s'efforçait de faire tourner ses petites roues, quatre à quatre, quand un terrible « clang » métallique résonna comme une casserole tombée du ciel, suivi d'un « clang-cling-bling-belang » comme si elle ne cessait de rebondir. Cette fois l'inquiétude se lit dans les yeux de l'équipage. On m'arrêta sur le bord de route et le Gros dévisagea une lame de ressort, cassée en deux, qui bringuebalait comme un membre arraché.

(A Suivre...)

(mis en ligne à Florianopolis, Brésil)

 


Droopy Gravatar   24.09.2012 19:06
Réponses Oui Non @ Mamyjeanne : Aaahhh! Ma bonne Marie-Jeanne, avec l'ãge on se déshydrate sans s'en apercevoir. Je crains m~eme quelques fois quón doive terminer mon r´cit à ma place.
@ Nérita : On est jamais mieux servi que par soi-même...je vais finir par la cuisine aussi dans ce voyage!
@ Jaume : Des détails , il y aura encore des détails, car tout passe par les détails.
@ Matuteram : Eh, Oui , les choses les plus rares et les plus valeureuse ne se trouvent heureusement pas au marché et au supermarché.
@ Araceli : Je te promets faire trempé le Gros, Sa douce et sa progéniture si Tlaloc me permet de voir le lac Titica !!!
@ Maki-Maki : Ouh mon bon maki, cést une longue hisoire qui mést arrivée dans les mers du sud...mais elle nést pas encore complètement digérée. ;)
 
 
tata banya Gravatar   22.07.2012 11:39
Maki maki Oui Non
Belle prise ! Ulysse de tient à distance des cyclopes . Et entre le Baïkal et l’Uruguay t’avais perdu le souffle ou le fond de culasse?
Ilal Aman
 
 
araceli Gravatar   18.07.2012 23:21
Chac et Tlaloc Oui Non
Mon cher Droppy, voici quelques conseils qui t’aideront à mieux apprivoiser les dieux de la pluie dans ces contrées méso-américaines .
Adresse-toi à Tlaloc qui est aussi le dieu de la foudre et de l’agricultu re ; puisque les quatre points cardinaux lui étaient aussi attribués tu es censé de le trouver toujours dans ton chemin.
Si les sacrifices humains avaient sa préférence il savait se contenter aussi de petites idoles d'amarante ou de terre cuite représentant des enfants. Tu pourrais demander aux filles de t’en fabriquer ; elles en seront ravies !
Ensuite, tu demanderas à M. et à Mme Gros, grands prêtres pour l’occasion, de se baigner dans les eaux du lac ou de la lagune la plus proche ( le Titicaca serait l'idéal), en imitant les cris et les gestes des oiseaux aquatiques, tandis que Zack agite les cloches à brouillard.
Et avanti mio caro!


 
 
matuteram Gravatar   18.07.2012 02:01
" La rareté des rencontres rendai … les départs encore plus difficiles… car chacun savait qu'il faudrait beaucoup de volonté …. pour que nos chemins recroisent un jour. Oui Non
N’est-il pas justement cette rareté ce qui rend l’amitié et l’amour si précieux ? La différence entre valeur et prix n’est autre que l’abondance sur le marché.
Heureux celui qui, comme vous , cher Droopy, a su s’en apercevoir !
 
 
Florence Gravatar   17.07.2012 20:12
@ Rectification Oui Non La secrétaire c'était moi !! Ce jour là nous avions trouvé une connexion internet (chose difficile au Brésil) et comme Jacques me parlait pendant que je mettais le texte en ligne, je me suis trompé d'auteur. Je viens de m'en excuser à Droopy qui me pardonne... Florence  
 
jaume sans Gravatar   15.07.2012 09:05
Oui Non Espero que aviat sabrem més coses dela salut de Droopy i de la fortalesa que encara li queda
per portar-vos a trvès de tants de kilòmetres que uis falten.
Estem contents de tornar a veure- encara que sigui per equiovocació- Jacques entre els redactors de 1000bornes.
Hem seguit amb molta atenció l'epopeia i desitgem que les peripècies vagin disminuint.
Una cop de claxon per Droopy. Una abraçada per Jacques i abraçada ,molts de petons per a tots

L'avi i Beatrice:D:D
 
 
Nerita Gaiteiro Gravatar   14.07.2012 20:13
Vamos a ver guapita, Oui Non que pasa contigo? es que el tiempo de silencio te ha convertido en una perezosa y ahora has tomado al cabeza de familia como secretario? es que explotas tu "accidente" para que te mimen y te miren más? Pues sepa usted señorita - creo, no?- que según y en que circunstancias hay que andar "como está mandado" y no como una quinceañera desmelenada. !que no se repita, de acuerdo?. Siguen encantandome tus historias, ya lo sabes,aunque tenga que primero a un diccionario y luego a un libro de mecánica para averiguar que fue lo que se te rompió. Un besito en tu morrito si lo tienes limpio.  
 
Vonaesch Gravatar   13.07.2012 12:36
Salut Droopy Oui Non Jacques a voulu te voler la vedette et raconter ton histoire, mais tu nous tiens en haleine avec tous tes déboires. Qu'as-tu fait de l'eau de ton réservoir ? Comme cela Jacques et famille est aux petits soins pour toi. Il faut car tu es héroïque et tu dois les emmener encore loin.
Vive Droopy
 
 
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